Quelques auteurs ...
du Panthéon publiciste !


Lors d'une prochaine actualisation nous prendrons le temps et le plaisir de présenter à l'internaute juriste intéressé (sic) quelques biographies de grands auteurs publicistes méritant, selon nous (!!), d'entrer au Panthéon du droit public et non simplement dans une Université parisienne !

Pour l'heure nous nous contenterons d'offrir une petite galerie de quelques portraits glanés ici et là ...

Celle ci ne prétend ni à l'exhaustivité ni à un choix scientifique. Il s'agit de quelques auteurs classés sans aucune hiérarchie d'importance. Il s'agit donc d'une sélection évolutive, temporaire, subjective et qui répond (aussi) aux limites de mes (res)sources iconographiques !

A ce propos si vous possédez une reproduction d'un auteur qui mériterait de trouver ici sa place (un Foucart, un F. Laferrière, un Serrigny etc.) n'hésitez pas à me contacter ....

Dans le même esprit, voyez notre page relative à certains juristes pictaves ...

Portrait

Eléments de biographie

 

 

 


(Gabriel Auguste) Théophile

DUCROCQ (1829-1913)

Théophile DUCROCQ est né à Lille (Nord) le 24 août 1829. Après de brillantes études à la Faculté de Droit de Paris, il est recruté comme « suppléant provisoire » en 1857 à Poitiers après avoir échoué au premier concours d’agrégation de 1856. Il est ensuite nommé Professeur par le truchement du second concours d’agrégation (dont FOUCART était membre du jury) de décembre 1858 à février 1859. Il se marie avec la fille du doyen BOURBEAU et est provisoirement chargé du cours de Droit Administratif en 1860 à la mort du doyen FOUCART. Il ne devient titulaire de cette même chaire qu’en 1863 et ce jusqu’en 1884 date à laquelle il obtiendra un poste à Paris. C’est manifestement, à Poitiers, le plus connu des administrativistes du 19ème siècle. Certains l’ont présenté comme le digne successeur du doyen FOUCART mais nous réfutons cette hypothèse tant sur le fond que sur le forme : DUCROCQ n’a en effet jamais été l’élève de FOUCART mais celui des professeurs de l’Ecole de Paris. Surtout, l’œuvre de DUCROCQ n’appréhende pas les mêmes aspects que celle de FOUCART : elle n’est pas construite sur les mêmes bases et avec les mêmes ambitions. Chargé en 1877 du premier cours d’économie politique, DUCROCQ fut à cette même date (et ce jusqu’en 1881) le Doyen de la Faculté de Droit de Poitiers. Il fut également bâtonnier de l’ordre des avocats et devint en 1881 correspondant de l’Institut (Académie des sciences morales) en 1881. Il n’oublia pourtant pas le Poitou puisqu’une fois sa retraite prise en 1899 à Paris, il revint vivre à Poitiers pour rédiger la septième et dernière édition de son Cours de Droit Administratif. Il se fit aider pour ce faire des professeurs Alphonse LEPETIT (législation financière) et Georges BARILLEAU. Il s’y éteignit le 20 octobre 1913.


Edouard
(René Lefebvre de)
LABOULAYE (1811-1883)

Edouard-René-Lefebvre de LABOULAYE (1811-1883) n’a pas été que l’inspirateur de la célèbre Statue de la Liberté accueillant les voyageurs aux portes de Manhattan : député puis sénateur, il a participé à la rédaction des Lois constitutionnelles de 1875 ; Académicien, ses travaux en histoire et en droit romain ont été remarqués ; Ecrivain, on lui doit de nombreux contes arabes tel Abdallâh ou le trèfle à quatre feuilles (1859) ou ses Contes bleus (1877). On lui doit également quelques pamphlets dirigés contre NAPOLEON III (ainsi avec Le Prince Caniche (1868)), mais l’auteur s’intéressa aussi à l’enseignement du droit. Fidèle des ministres COUSIN et SALVANDY, il travailla pour ces deux ministères et fut chargé de plusieurs rapports sur la situation de l’enseignement. Il publie ainsi en 1839 un essai commenté par FOUCART : LABOULAYE Edouard-René-Lefebvre (de), De l'Enseignement du droit en France et des réformes dont il a besoin ; Paris, Durand, 1839. Fondateur (1850) de la Revue d’histoire du droit en France et à l’Etranger, il a aussi collaboré à la Revue de Législation et de Jurisprudence de WOLOWSKY (dont il était très proche). On retiendra alors les trois articles suivants : « De l’enseignement et du noviciat administratif en Allemagne » in RLJ ; Paris ; 1843, Tome XVIII ; p. 513 (article qui avait été commandé par le ministre de l'Instruction Publique COUSIN qui avait envoyé LABOULAYE Outre-Rhin en 1840 pour une mission d’étude) ; « Quelques réflexions sur l’enseignement du droit en France à l’occasion des réponses faites par les Facultés proposées par M. le ministre de l'Instruction Publique » in RLJ ; Paris, Videcocq ; 1845, Tome XXIV ; p. 289 et « Examen sur le projet de loi sur l’enseignement du droit » in RLJ ; Paris, Videcocq ; 1847, Tome XXVIII ; p. 281. Administrateur du Collège de France sous la IInde République, il y occupa la chaire de législation comparée de 1849 à 1883.


Edouard
(Louis Julien)
LAFERRIERE (1841-1901)

Né le 26 Août 1841, fils d’un professeur de droit administratif (...), Edouard Laferrière choisira après sa licence de droit le métier d'avocat, comme nombre de ses condisciples, peu motivés à faire carrière dans l'administration d'un second empire autoritaire. Son opposition au régime de Napoléon III, et ses activités de journaliste rigoureux et engagé le conduiront a de nombreuses reprises en prison.

Faisant suite à la commune, la troisième république commence son existence dans le chaos de la guerre de 1870. A cette époque, Edouard Laferrière devient maître des requêtes à la commission provisoire chargée de remplacer le Conseil d'Etat. Par la suite, les institutions reprennent peu à peu leur fonctionnement normal, en particulier par la loi du 24 Mai 1872, portant réorganisation du Conseil d'Etat.

Quelque années plus tard, il est nommé conseiller d'état en service extraordinaire (le 28 janvier 1879 précisément), alors que le Conseil d'Etat traverse une grande épuration visant a asseoir durablement la république. Cette crise s'achève au cours de l'été et Edouard Laferrière est nommé le 26 Juillet 1879 président de la section du contentieux, puis sept ans plus tard vice-président du Conseil d'Etat, poste qu'il occupera jusqu'en 1898.

Le Traité de la juridiction administrative et du recours contentieux édité en 1887, est son oeuvre majeure, fruit d'une grande pratique du contentieux administratif, et de la fine analyse d'une notion juridique nouvelle. Il théorise le principe du Recours pour Excès de Pouvoir, donnant à la justice administrative une première base théorique et une légitimité de juge largement renforcée. Il base sa théorie sur la vision d'un droit administratif chargé "d'assurer la sauvegarde des libertés individuelles". Le droit administratif vu par Laferriére est issu de la révolution, d'une conception humaniste de l'état de droit. Il doit favoriser l'action de l'administration tout en en limitant les excès, la contrôler tout en lui accordant les privilèges et prérogatives nécessaires à son exercice.

Il démontre que la jurisprudence, loin d'être une compilation de décisions individuelles sans liens, est au contraire une base d'analyse dont on peut dégager une doctrine générale: la diversité et l'abondance des textes imposent leur classification rigoureuse, classification qu'il contribue largement a créer et qui restera jusqu'à nos jours une référence.

En 1898, il devient gouverneur général de l'Algérie, fonction honorifique, puisqu'à l'époque il estime légitimement être nommé à la plus importante des fonctions non électives de l'Etat. Il est démit de ses fonctions à sa demande en 1900, est alors nommé procureur général prés la cour de Cassation, fonction qu'il occupera a peine un an.

Il s'éteint le 2 Juillet 1901 à l'âge de 60 ans.
Par son apport considérable au droit public, il restera l'un des juristes les plus reconnus de son temps, et marquera durablement le Conseil d'Etat lors de son passage remarqué au sein de cette institution.

Ce texte est celui de M. Sébastien FAUCONNET,

(Merci à lui pour sa ... collaboration)


(Jean Claude Eugène) Maurice
HAURIOU (1856-1929)

En 1886, l’inspecteur général ACCARIAS écrivit de ce nouvel agrégé : « En sortant du concours où il avait été reçu le premier, Maurice HAURIOU fut chargé du cours d’histoire générale du droit. Lorsque je l’entendis pour la première fois en 1883, il me parut insuffisant et cela ne m’étonna pas (…) il manque tout à fait de chaleur: il parle trop bas, trop tranquillement en homme qui a peur de se fatiguer »! Le Droit administratif n’a pourtant pas gardé cette vision de celui qu’il considère aujourd’hui comme son père et de qui le Doyen VEDEL avait été le disciple …

Bientôt la collection Une histoire du droit public republiera l'ouvrage De la gestion administrative dudit HAURIOU.

 


Charles

EISENMANN (1903-1980)

Né à Dijon il y a 100 ans, cet auteur publiciste est l’un de nos plus grands théoriciens du droit; D’abord connu pour avoir traduit puis révélé la pensée d’un illustre autrichien (voir ci-dessous!), il a obtenu en 1923 deux licences : en droit et en lettres (philosophie); Lui aussi, convaincu de l’Unité du droit n’a pas enseigné que le droit public mais aussi la législation pharmaceutique et le droit international privé lorsqu’il enseignait à la Faculté de Droit de Strasbourg ; Après la guerre, il séjournera quelques mois au cabinet de René CAPITANT, alors Ministre de l’Éducation Nationale … Il restera pour beaucoup connu comme le diffuseur, en France, de la pensée Kelsénienne qu'il avait embrassée dès 1828 avec ses travaux de thèse (La justice constitutionnelle et la Haute cour constitutionnelle d'Autriche).


Antonio
(Serbati)
ROSMINI (1797-1855)

Philosophe né à Rovereto (Italie) le 15 mars 1797, mort à Stresa le 1er juillet 1855. Ordonné prêtre en 1825, il exerça quelque temps le ministère dans sa ville natale (1834-36) animé d'un grand zèle apostolique, il fonda une Société de prêtres séculiers, l'Istituto della carità, et bientôt après l'ordre des religieux de la Providence et le Collegio degli educatori elementari, spécialement destiné à propager l'instruction dans les classes populaires. Après avoir eu de vifs démêlés avec Mamiani et Gioberti, il se réconcilia avec eux et ils travaillèrent de concert à fonder pacifiquement l'indépendance et l'unité de l'Italie. Il fut ministre de l'instruction publique de Pie IX, qui lui avait promis le chapeau de cardinal, et qu'il suivit à Gaëte (novembre 1848); mais bientôt le pontife, devenu hostile aux idées libérales, se débarrassa de lui. Il se retira à Stresa, où il vécut dans la retraite, partageant son temps entre les études philosophiques et la direction de son Institut.

Quelle que soit la valeur de son système, qui a pour base et pour objet l'accord de la science et de la foi, tout en subordonnant la première à la seconde, Rosmini, esprit généreux, logicien plein de vigueur, écrivain précis et châtié, mérite, parmi les philosophes de l'Italie du XIXe siècle, une des premières places.

(texte issu du site www.cosmovision.com)


Jean-Baptiste
(Victor)
PROUDHON (1758-1838)

Très souvent (et ce même à Dijon !) confondu avec son « socialiste de cousin », ce Jean-Baptiste Victor était très proche d’un autre civiliste fort célèbre à cette époque, le rennais TOULLIER ; Bien que considéré par la doctrine majoritaire comme un père privatiste de l'Ecole de l'éxégèse (ce que nous nions), il a su montrer par son œuvre qu’il avait conscience de l’unité du droit: C’est d’ailleurs à ce civiliste que l’on doit l’une des premières théories … du domaine public !

(Pierre Paul) Nicolas
HENRION (de PANSEY) (1742-1829)

Tout d’abord feudiste sous l’Ancien Régime, ce juriste d’exception était l’incarnation de l’unité du droit : à l’aise tant en droit privé (il fut premier président de la Cour de Cassation) qu’en droit public (il rédigea l’un des premiers ouvrages sur le droit municipal et « De l’Autorité Judiciaire » parlant notamment avec justesse et précision du Conseil d'Etat) ; C’est un certain E-V. FOUCART (1799-1860) qui rédigea pour lui la 4ème édition de son « Pouvoir municipal » : Nb : on raconte qu’il avait une jolie maison … dans l’Eure (à Pansey ! ) …


Jean-Baptste
(Aimé Auguste Charles)
SIREY (1762-1845)

« Jean-Baptiste Sirey était né à Sarlat dans l’actuel département de la Dordogne où son père était greffier du Présidial. Il fut d’abord prêtre et curé de la paroisse de Doyssat. La Révolution en fit un adepte des idées nouvelles, il avait 27 ans en 1789…, à la lisière de la jeunesse ardente et de la maturité responsable ; il sera jureur (de la Déclaration civile du clergé) et ira jusqu’à favoriser l’élection du nouvel évêque constitutionnel de Périgueux, Pontard, le lamentable prêtre sacrilège qui allait officier en bonnet rouge à la cathédrale Saint-Front et qui en fit son vicaire épiscopal. La Terreur manqua cependant de l’emporter ; il est même alors emprisonné pendant une année et échappe de peu à la répression du tribunal révolutionnaire sur lequel, justement, il écrira son premier ouvrage juridique autant certes que politique et polémique : Du tribunal révolutionnaire (Du Pont, frimaire an III, 104 p.). C’est avec Thermidor et la chute de l’Incorruptible que débutera sa seconde (ou troisième !) vie, celle-ci : d’étude et de labeur austère, et sans nul doute la plus fructueuse comme la plus glorieuse, celle qui lui vaut en tout cas de figurer au panthéon des juristes et jurisconsultes. Comme pour beaucoup de ses contemporains, ce rebond du destin fut le fruit de liens hérités, recherchés ou nés du hasard de rencontres. Sirey entre en effet alors au comité de législation de la Convention puis sous le Directoire comme adjoint en chef de la Division criminelle du ministère de la Justice alors tenu par Merlin (de Douai) le grand juriste et certes aussi l’ancien conventionnel, régicide impitoyable, organisateur de la Terreur et auteur de la sinistre loi des suspects. C’est avec et sous la protection, semble-t-il, de Jacques de Malleville, comme lui natif de Sarlat, ancien membre du Conseil des Anciens sous le Directoire, nommé juge au tribunal de cassation dès avril 1800 et bientôt membre de la commission de rédaction du code civil, qu’il entreprend alors sa nouvelle carrière d’analyste juridique, s’attelant à compter de 1800 à la diffusion de la jurisprudence de la Cour de cassation ; ainsi en témoigne l’hommage appuyé d’affection et de respect qu’il rend à Monsieur de Malleville, président de la section civile de la Cour de cassation dans de ce qui sera le volume de tête de cette grande série. Le voici maintenant avoué auprès de la Cour de cassation, puis avocat quand cette appellation sera rétablie (par la loi du 22 ventôse an XII - 13 mars 1804, relative aux écoles de droit, loi qui a posé, voici deux cents ans, les bases de nos enseignements universitaires juridiques). Il sera aussi avocat au Conseil d'Etat (fonction instituée - et plus précisément : rétablie, si l’on se souvient de l’Ancien régime – par le grand décret du 11 juin 1806, sur l’organisation et les attributions du Conseil d'Etat), le double rattachement des avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation au sein d’un même Ordre devant être consacré sous la Restauration par l’ordonnance du 10 septembre 1817, sous le vocable d’avocats aux conseils du roi et à la cour de cassation… (Sirey présidera même cet Ordre d’ailleurs toujours jalousement conservé à part, sinon à l’écart, du Barreau). (…) L’ex-abbé Jean-Baptiste Sirey, d’ailleurs libéré de ses liens ecclésiastiques en même temps qu’il épousait (en 1800) Marie-Jeanne de Lasteyrie du Saillant, nièce du grand Mirabeau, après qu’il ait défendu les intérêts de son père, important propriétaire du Limousin, devient l’infatigable observateur, commentateur et autant qu’il l’a pu : constructeur, du nouveau droit public de la France du XIXème siècle, lui-même armature et socle de celui qui nous régit aujourd’hui".

(Ce texte a été écrit par le prof. B. Pacteau à l'occasion du reprint de l'ouvrage Du Conseil d'Etat dudit SIREY dans la collection Une histoire du droit public)



Hans

KELSEN (1881-1973)

Hans Kelsen est né à Prague, le 11 octobre 1881, dans une famille juive de langue allemande. En 1895 ses parents s'installent à Vienne où le jeune Kelsen termine ses études secondaires puis fait son droit. En 1906 il soutient une première thèse sur la théorie de l'Etat de Dante Alighieri (1265-1321). En 1908 il séjourne à Heidelberg où il suit les cours du juriste Georg J. Jellinek (1851-1911) et du sociologue Max Weber (1864-1920). Revenu à Vienne il soutient sa thèse d'habilitation Hauptprobleme der Staatsrechtslehre qui lui permet d'être nommé professeur stagiaire (privat-dozent) en 1911. Il est nommé professeur titulaire en 1918. En 1918 il se lie aux dirigeants du parti social-démocrate autrichien qui accède au pouvoir. En 1920 la rédaction du projet de Constitution de la République autrichienne lui est confiée. Il est nommé membre à vie de la Cour constitutionnelle dont il avait prévu l'existence dans la Constitution. Celle-ci autorise, sur sa proposition, la dissolution des mariages catholiques, ce qui lui attire l'hostilité du parti chrétien-social qui prend le pouvoir en 1929. Les membres à vie de la Cour constitutionnelle sont alors révoqués. Kelsen quitte l'Autriche pour aller enseigner à Cologne. En 1933 il se réfugie à Genève où il enseigne à l'Institut des Hautes Etudes Internationales. Puis il enseigne de 1936 à 1938 à Prague, puis de nouveau à Genève jusqu'en 1940. En 1940 il émigre aux Etats-Unis où il enseigne dans diverses universités, notamment Harvard et Berkeley. Après la guerre il participe à la préparation du procès de Nuremberg. (biog. D. TOURET).

 

 

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